Vie des départements

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Publication
mercredi 21 décembre 2016 - 13:45

Passerelle n°61 - Vie des départements : PREMIÈRE ÉTAPE DU TOUR DE L’ÉCONOMIE PALOISE

PREMIERE ÉTAPE DU TOUR DE L'ÉCONOMIE PALOISE

Pau n’est pas simplement une étape majeure du Tour de France bien que cet évènement contribue au rayonnement international de la ville. Nous bénéficions comme toute métropole d’une multi-économie avec pour chaque secteur, un ou plusieurs pôles d’excellence. Nous sommes, par exemple, l’un des leadeurs européens de la production de maïs et de la semence avec le groupe EURALIS, le centre de la « NASA du pétrole » par l’implantation du centre technique et de recherche scientifique du groupe pétrolier français TOTAL, la 1ère ville sur la mise en place du réseau 100% fibre optique avec plus de 850 kms de fibre optique déployée, ou bien encore le premier fabricant de moteurs d’hélicoptères produits par l’entreprise Safran Hélicopter Engines.
Directement ou indirectement, nous bénéficions des retombées de cette économie au sein de nos cabinets et bien que nous n’échappions pas à la morosité économique nationale, nous pouvons croire que, grâce à cette diversité, les effets en sont amoindris en comparaison avec d’autres régions.
Fort de mieux connaître ces entreprises qui font la richesse de notre territoire, le Club Béarn soule s’est engagé sur un tour de l’économie Paloise où chaque étape s’arrêtera au coeur de ces sociétés reconnues. Ainsi, les coureurs de l’expertise-comptable furent engagés le 20 juin dernier sur l’étape de l’économie sociale avec, comme 1er col hors catégorie, le village d’Emmaüs Lescar-Pau.
Tout le monde connait le mouvement Emmaüs fondée en France par l’abbé Pierre en 1954 mais peu connaissent «la mécanique » des communautés Emmaüs. Luttant contre la pauvreté et l’exclusion, Emmaüs France est organisé en trois branches : la branche communautaire regroupant les communautés, lieux d’accueil, de vie, de travail et de solidarité fonctionnant uniquement grâce à l’activité de la récupération ; la branche action sociale et logement,
tournée sur la prise en charge des sans domiciles fixes (maraude, centre d’hébergement) et les logements insalubres (rénovation) ; et la branche économie solidaire et insertion basée sur des structures associatives constituées exclusivement de bénévoles et fonctionnant sur le même type d’activités que les communautés et reversant leurs bénéfices à la solidarité. Comptant 117 communautés, la communauté Emmaüs Lescar-Pau est la plus importante de France et c’est guidé par son charismatique responsable Germain Sarhy que le peloton s’est faufilé au milieu du « Village ». Après une présentation du modèle politique et de son paradoxe économique tant décrié par les hautes instances nationales du mouvement (aucune subvention n’est versée à la communauté contrairement au trois quarts des autres communautés), nous engagions un parcours complet du propriétaire. De la Recyclerie-déchetterie au Bric à Brac, des ateliers de réparation et de reconditionnement du simple jouet aux derniers produits électroniques à l’atelier mécanique, du tri des objets et livres aux vêtements et accessoires, de la ferme alternative à la future usine de production de confitures des « fruits abandonnés », nous visitions ainsi l’intérieur d’une immense ruche structurée et organisée où chaque chose a sa place, où chaque « ouvrière », ces hommes et ces femmes appelés compagnons d’Emmaüs, retrouvent par le travail l’humanité, la reconstruction et le futur. Source intarissable du droit à la connaissance de sa « petite entreprise », notre guide spirituel nous faisait traverser son quartier résidentiel« fait maison » composé de bâtis à l’architecture et aux couleurs non conventionnelles mais reflet de l’esprit du genre. Il est facile d’extrapoler cette place à ce village gaulois automne, n’ayant besoin de personne ni pour se nourrir ni pour se défendre. Le druide Germain popote tous les jours sa potion magique pour que le village vive sans préjugé et sans étiquette. Fourmillant de mille idées, bougeant les lignes au-delà du conventionnel, le bougre ne veut pas rentrer dans le moule et il interpelle, il dérange mais le résultat est là. Le village est devenu sur Pau un réel acteur économique. Germain est une star au même titre que ces rocks stars qui viennent chaque année jouer à son festival. La visite bouclée mais le débat ouvert, les coureurs reprenaient des forces au restaurant l’Alterbatiba’r avec une copieuse entrecôte accompagnée de frites made in Emmaüs, 100% bio et sans OGM. Autant nous avons redécouvert le goût de la vraie pomme terre, autant nous avons retrouvé la grosse patate au vu des bénéfices de cette économie sociale.
J’ai moi-même donné machinalement le trop plein de chez moi à Emmaüs sans jamais trop savoir le pourquoi du comment. Le service Emmaüs a banalisé l’acte du don. Elle est devenue une marque comme le Nutella pour la pâte à tartiner aux noisettes.
« Avec tout l’argent du monde, on ne fait pas des hommes, mais avec des hommes et qui aiment, on fait tout » - Abbé Pierre.
L’utopie serait de croire en sa disparition pour le bien de l’homme.

Arnaud Prince
Elu, délégué départemental du Béarn

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