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vendredi 15 avril 2016 - 11:00

COMMENT SURVIVRE A LA GRIPPE AVIAIRE QUAND ON N'EN A PAS LES MOYENS FINANCIERS ?

La filière du canard dans le sud-ouest traverse une crise sans précédent :

Dans un arrêté en date du 16 janvier, les pouvoirs publics ont imposé un vide sanitaire de plusieurs mois jusqu’au mois de mai 2016 qui impacte toute l’activité avicole du sud-ouest.

Les accouveurs et éleveurs sont directement concernés mais les conséquences s’étendent aux abattoirs, transporteurs, fabricants d’aliments, découpeurs, conserveurs, etc…

Beaucoup d’opérateurs de cette filière sont des indépendants et ne pourront bénéficier des soutiens financiers réservés aux membres des grands groupes coopératifs.

Certes, une aide de 130 millions d’Euros a été annoncée par les pouvoirs publics ainsi qu’une dépense de 220 millions d’Euros sur 5 ans pour moderniser les élevages du sud-ouest ; toutefois, les modalités d’attribution de ces aides et surtout leur calendrier, ne sont pas encore définis.

Les dirigeants des entreprises indépendantes vont ainsi devoir ainsi faire face à une crise, pouvant conduire à de graves difficultés financières.

 

Les 3 phases des difficultés :

Pendant la période du vide sanitaire, c’est la perte de revenus qui va directement impacter la trésorerie des acteurs de la filiale.

Même si des reports et des exonérations de cotisations sociales et/ou les mesures de chômage partiel ou technique favorisées peuvent être envisagées, les charges externes d’exploitation vont continuer à courir tout comme les échéances d’emprunts.

Selon le niveau des fonds propres de l’entreprise, cette première phase peut déjà s’avérer critique si elle se traduit par une impasse de trésorerie avant la reprise de l’activité.

La capacité à financer le besoin généré par la reprise du cycle d’exploitation constitue le deuxième obstacle à surmonter.

En effet, la reprise de l’activité va nécessairement générer un besoin de financement significatif alors même que la trésorerie aura été dégradée par la période précédente de vide sanitaire. Le risque se situe dans une incapacité à «réamorcer»  partiellement ou totalement l’activité qui pourra se traduire par une impossibilité de reprendre l’exploitation ou par une activité insuffisante pour couvrir les charges.

Ces deux phases font courir un risque de liquidation judiciaire des structures dans la mesure où l’ouverture d’un redressement judiciaire ne pourrait solutionner les besoins de financement non couverts postérieurement à l’ouverture de la procédure.

Les entreprises qui auront pu surmonter les deux premières phases de difficultés seront néanmoins confrontées à un ultime enjeu qui résidera dans leur capacité à lever les financements des investissements et à financer les coûts de réorganisation imposés par la modernisation des élevages afin d’éviter les risques de contamination entre les futures générations de canards (séparations des volatiles, éventuellement constructions de nouveaux bâtiments, etc…).

Le recours aux procédures confidentielles de prévention des difficultés de type mandat ad’hoc ou conciliation paraît indispensable :

Face aux enjeux de cette crise sans précédent, les professionnels du chiffre seront les premiers praticiens à être sollicités par les chefs d’entreprises.

Une analyse prospective doit être menée en établissant des budgets prévisionnels de trésorerie mensuels tenant compte du besoin en fonds de roulement de la reprise d’activité ainsi que de la saisonnalité. Il convient naturellement de réduire au maximum le besoin en fonds de roulement.

S’il apparaît néanmoins des besoins non couverts n’entrant pas dans les lignes de concours bancaires, il convient d’anticiper, dès à présent, en engageant des négociations avec les créanciers publics et privés et avec les établissements financiers, organismes de location financière et de leasing pour obtenir des moratoires.

Une recherche de lignes de concours complémentaires ou d’autres types de ressources de financement doit être menée en parallèle.

Dans cette démarche, dès lors que les difficultés financières s’annoncent importantes, le recours aux procédures de traitement amiable des difficultés avec l’assistance d’un administrateur judiciaire apparaît opportun.

Son expérience des négociations en situation de crise, son expertise technique, tant sur le plan comptable que juridique, peut contribuer grandement au succès des démarches engagées par le chef d’entreprise et son expert-comptable. L’intervention d’un administrateur judiciaire permettra de définir clairement les enjeux de la négociation à mener en pleine connaissance de ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas.

Le chef d’entreprise a le choix du professionnel avec lequel il veut travailler et il est également maître du contenu de la mission qui lui sera confiée par la juridiction compétente ( Tribunal de Commerce ou de Grande Instance ). La rémunération est fondée sur un tarif horaire négocié avec l’administrateur avant le début de la mission.

L’objectif est de constituer une « équipe de crise » qui permette au chef d’entreprise de se consacrer à la pleine gestion de son entreprise et de se donner les meilleures chances de surmonter ses difficultés avec une équipe de professionnels à ses côtés.

Les procédures de mandat ad hoc et de conciliation sont strictement confidentielles et ne donnent lieu à aucune publicité ni sur le Kbis, ni sur aucun support ; Cette confidentialité est un gage du succès de ces missions, elle doit être strictement préservée afin de ne pas dégrader l’image économique des entreprises concernées.

De plus, le cadre juridique « sécurisé » de la conciliation permet aux créanciers de négocier des moratoires sous le contrôle d’un administrateur judiciaire nonobstant un état de cessation des paiements avéré sans risque de voir ces accords remis en question ultérieurement. Cette procédure conduit à la constatation des accords obtenus par le conciliateur dans une ordonnance confidentielle du président de la juridiction.

L’anticipation sera déterminante pour préserver la trésorerie de l’entreprise et surmonter cette crise exceptionnelle.

Sébastien Vigreux
Administrateur judiciaire
contactbdx@vigreux.eu